Un parallélépipède qui s'appelle cauchemar
Trop lourd, trop petit. Trop pareil (s'il est foncé). Trop fancy. Surdimensionné. Perdu. Retardé. Non-réclamé... Ou fouillé (et contenu, parfois volé !). Bref, un cauchemar qui peut prendre plusieurs formes.
Oui, quand je fais référence à l'accessoire de voyage qui est source de tant d'angoisse de séparation ou hantise de non retrouvailles, je veux parler de... bagage. Et quand on est une étudiante qui part pour une longue exploration lointaine pour la première fois, l'assemblage de son contenu pour le retour devient monopolisante, avec sa cruelle et nécessaire résolution de dilemme par rapport au quoi emporter, quoi laisser derrière...
Pour lui faciliter la tâche, elle qui n'avait qu'un seul bagage enregistré lorsqu'elle est venue, je lui offris de prendre avec elle une valise dont je n'ai plus besoin pour la saturer de trucs qu'elle ne trouve pas chez elle (comme du sirop d'érable, du beurre d'arachides etc). Ce qui s'ensuivit fut tellement épique que j'ai décidé d'en faire un récit, comme tant d'autres, et qui pourrait également faire partie d'un recueil qui donnerait une perspective inédite sur ma vie de voyageuse, soit ''Histoires de valise'' (Après ''Histoires de dents'', ''Histoires de cheveux'' et le post plus récent ''Histoires d'eau'').
Cette nouvelle histoire de valise s’intitule ''la valise épique de Bibi'' ou ''Ainsi va le bagage de la vie'' ou ''Ainsi va le bagage qu'est la vie''.
Avril 2026: en préparation de ton départ, alors que cadeaux (de fête, de Noël, de Galentines, souvenirs, livres, vêtements, souliers accumulés lors de ton séjour à la Maison, des Enchantements, s'amoncellent et semblent hurler dans ta chambre, normalement impeccablement tenue, ou du moins de ce que je peux en avoir vu car tu laissais la porte fermée par défaut. Habituée de ressentir le crescendo de panique prépvoyare, je déniche deux possibilités de sac ou valise à emporter chez toi pour transporter l’excédent de souvenirs. Avec deux mois d'avance, donc, je te présente les options: un Snatchel d’un bleu assez affreux, un bleu qui ne semble pas vouloir se décider quant à son ton exact, hésitant entre s’assumer comme un bleu ciel surréaliste et être promu au rang de turquoise. Il a du kilométrage aussi. Cela doit faire plus de 30 ans que je l’ai. Le deuxième bagage est une valise encore plus honteuse et pathétique, une vieilleries, vraiment ''cheap'' datant de ma vie de femme mariée et qu'ex avait achetée. Elle faisait partie d’un set, car elle venait avec un bagage à main sur roue que j’utilisais souvent jusqu’à ce que United Economy Basic décide de pousser ses restrictions à l’extrême, ce qui m’a exortée à acheter une mini valise sur roulettes encore plus compacte, presque cubique. Bref, ladite valise dont j’ai hérité je ne sais trop comment à l’issue de mon apocalyptique divorce fut celle que Bibi saturera de trucs, et qu’elle me fait peser sur ma balance tout juste achetée chez Target à 15,99 $ d’une marque révélant un sens de l’humour pour le moins douteux (''Thinner''). J’avais déjà noté deux imperfections à cette valise d'une couleur indéfinissable et qui ne m’avait pas empêchée de l’utiliser à quelques reprises pour trimballer des cadeaux entre États-Unis et Canada et vice-versa (laissant souvent la valise dans le sous-sol chez ma mère, puis la ramenant lors d’un voyage subséquent pour rapporter toute une garde-robe de ma tante Cécile !). Le premier défaut fut la fermeture éclair du compartiment principal qui fermait mais avait qui perdu les tirettes des deux curseurs si bien que j’ai dû insérer des attaches à sac pour les faire glisser. Le deuxième défaut est qu’il manquait un genre de pied ou patte pour la stabiliser, l’empêchant ainsi de se tenir à la verticale à moins d'être appuyée sur un mur. Puis un texto de Bibi envoyer à 22h22 ajouta un péripétie croquable à ce conte. Je ne blague pas, le 15 juin, la veille, soit à moins de 6 h du départ de la maison de son départ, alors que j’étais déjà au lit pour ne pas être une loque humaire en la conduisant à l'aéroport, son message déconcerté en révéla un troisième : elle demandait du ''tape'' électrique, car elle trouvait que la valise émettait un fort bruit. Quand mon insomnie me fit prendre connaissance de ce message vers deux heures, je me retins de répondre, dans toute l'irréverence que je pense avoir héritée de mon cher papa (en passant, bonne fête des pères popais !), ''c’est une valise, pas une Tesla''. Puis rendus à SMF. Oh My God. Déjà le stress de l’enregistrement après qu’on nous donne le verdict de 200 $ pour enregistrer deux valises, et non 100 $, comme on nous avait indiqué. Et l’agente United qui est un peu sèche. Au milieu de cette confusion tarifaire, le manche rétractable de ladite vieillerie de valise, le bagage de mon autre vie, ne se dérétracte plus justement ! Je peux parfaitement voir le bout de métal qui est détaché d’une des tiges qui bloque la réentrée du manche. Horreur ! Ma honte était maintenant complète. Et pire encore, je me mettais à la place de Bibi qui devait se demander ce qu'il allait advenir de l'enregistrement de cette valise non-collaboratrice... Cela va prendre Hulk pour pousser le tout comme une suppositoire de valise ! Ken où es-tu ! Entre-temps, les agents derrière le comptoir nous indiquent clairement qu’ils ne sont nullement autorisés à aider pour ce genre de maniement de bagages et répondent par la négative à ma question, ''y a-t-il un kiosque boutique qu’on peut acheter une valise ?'' Tu parles d’une absurdité, des valises à vendre dans des boutiques près des portes d’embarquement, soit après l’enregistrement (si ma mémoire visuelle ne me ment pas). Finalement, contre tout attente, après mon texto de détresse envoyé à Kevin Olson à 6h23 parce qu’il habite près, Ken, revenu de garer la voiture, RÉUSSIT à RENFONCER le manche, non dérétractable ! Aussitô, instruction très ferme à Bibi de ne PAS tirer dessus à nouveau ! La vie la vie est-elle comme la valise (parfois brisée, souvent surprenante) ou ce qu’il y a dedans ? Quelle belle expérience d’expansion, de conscience et aussi de pratique de l'équanimité, car croyez-le ou non, tout ce temps, je n’avais aucun symptôme panique dans mon corps, juste la pensée défilant vite pour trouver une solution (merci à toutes ces heures consacrées à la méditation depuis quelques années ! Le kilométrage zen commence à faire effet...).
La vie est un bagage ou a du bagage ? La valise est un véhicule: comme le parent, comme l’utérus... Pas besoin d’être parfait, juste sécure.
Et vous voulez savoir la conclusion de l'histoire ? Notre Bibi s'est bien rendue au bercail. Nous sommes à la fois soulagés et nostalgiques. Elle nous manque et nous laissent avec tant de beaux souvenirs et de sagesse nouvelle...
Et quant à la valise si hideuse... j'espère qu'elle vraiment repose en paix, après une vie de dure labeur, au cimetière des valises...
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| Ouf, c'est de bonne heure mais il fait beau et il n'y a pas de traffic. |


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