Passage

 



C'était le stress ce matin qui était mon état dominant au lever, moi qui pourtant adore la fête de Pâques. La simple idée de devoir laisser une simple visite à la toilette interrompre toute ma séquence de préparation du brunch avant l'arrivée des invités me plongeait dans un profond désarroi. Contrairement aux années précédentes, je n'avais à peu près rien de prêt, moi qui aime refeuilleter quelques semaines à l'avance les mêmes anciennes éditions de magazines de décoration Country Style pour les mois de mars et avril, ou encore faire fondre du chocolat pour le mettre dans des moules en forme de canard, lapin, coco etc. 

Jusqu'à tout récemment, les plans pour cette fin de semaine-ci n'étaient pas clairs. Pour tout dire, même s'ils n'avaient rien de solide au départ (comme des réservations), ils furent néanmoins chamboulés. Et je ne me plains pas, car la réorganisation de l'emploi du temps provenait d'un heureux dénouement dans ma vie. En lien avec celui-ci, mon cher fils Andreas m'avait demandé d'accueillir ses deux copains toute la fin de semaine. J'attendais ce moment et j'avais hâte de pouvoir exprimer mon hospitalité typiquement québécoise. Côté bouffe, J'eus tôt fait de constater que, chacun à sa façon, ils sont plutôt à la fois capricieux et avec un appétit féroce (la pire des combinaisons, quant à moi, car c'est la plus difficile à satisfaire). Bref, pas étonnant que je me sois levée tendue ce matin. J'ai passé mon temps à répondre à leurs demandes (comme c'était leur première fois chez nous, je voulais qu'ils se sentent bien accueillis). Ce qui fait que, dès le vendredi, je m'étais retrouvée à faire cuire des pâtes à 22 heures (ils avaient à peine touché la pizza préparée pour le souper). Il y a bien sûr un petit choc générationnel (avez-vous déjà entendu parler d'ARFID ? Aversion Restrictive Food Intake Disorder... je me demande si deux d'entre eux ont de telles manifestations), un moyen choc culturel (moi qui ai le gaspillage en horreur, j'étais bouche bée qu'ils me demandent de les emmener au restaurant !), et gros choc de genre (des gars, oui, ça mange... le paquet d'une livre de biscuits aux pépites de chocolat y est passé en une soirée !).

Mais tout mon investissement de patience et de compassion en valut la peine. Je savoure encore ce moment de ''togetherness'' quand nous avons tous mangé un morceau de gâteau pour célébrer la fête de mon chum. Six de nous, attablés à la cuisine. Il y avait une normalité émouvante à cette scène.

C'est ce à quoi je me raccroche. Et c'est ce qui fait que je me suis ordonné de ne pas laisser le stress me gâcher le plaisir de leur compagnie. Il suffit de deux textos envoyés pour demander aux invités d'arriver 30 min plus tard (ce qui me donna le temps de décorer, étape très importante pour moi, et de pré-nourrir nos poussins dévorants, avec du pain doré qu'ils semblent d'ailleurs avoir aimé). J'eus le temps de démouler les quelques petits chocolats coulés la veille pour les mettre dans l'assiette qui vient du kit Bunnykins de mon enfance (et que je montrai aux ados). Je renonçai à mon habituelle rigueur éco-durable et me résignai à utiliser des assiettes jetables pour me donner une chance dans la phase lavage de vaisselle. C'était parfait, j'avais justement des assiettes Hello Kittie offertes par mon amie Marie il y a à peu près... 25 ans !!! Imaginez-vous qu'elles étaient encore scellées dans leur emballage ! Oui, oui, j'attendais bien l'occasion spéciale (qui se situe toujours dans le maintenant). Ouein, elles en auront fait du kilométrage... Et comme Pâques pour moi c'est la fête de Marie, l'Apôtre des apôtres, la femme de Jésus, je trouvais cela vraiment significatif.

Le soleil dans son ciel bleu était au rendez-vous, ainsi qu'une inttriguante salade ferme à base de patates faite par Bibi, le calme une fois les invités repartis et le chant des oiseaux au-dessus d'une douce fragrance de jasmin pendant que je sauvais une abeille de la noyade dans ma piscine à l'eau presque arctique.


Mais quel est ce dessert alléchant ? Détrompez-vous, il ne s'agit pas d'un gâteau
mais d'une ''salade'' faite par mon étudiante d'Asie Centrale



Puis, toute la journée, une partie de moi s'occupait de la tâche spirituelle d'intégration de l'inachevé. Il y a 4 ans, certains des invités présents aujourd'hui y étaient aussi pour une célébration spéciale de la réappropriation de mon autre prénom de baptême (Marie). Mais cela passait dans une maison que je louais (La Maison Jaune) juste après la séparation, et mes enfants avaient refusé de sortir de leur chambre pour célébrer. Ma tentative d'organiser une chasse à l'oeuf n'avait pas suscité un grand enthousiasme et n'avait rien eu de mémorable. Il y avait donc un élément de tristesse dans mon coeur de mère. Ce midi, c'est un tout autre fils que je vis parmi nous. Visage doux, sourire timide, regard enfin libre... Une aura sacrée émane de mon enfant...Et même si les ados étaient trop vieux pour la chasse à l'oeuf, ils ont quand même accepté le lapin en chocolat (que j'avais eu le temps d'acheter...) et que j'ai mis dans le panier pour mon fils qu'il avait utilisé dans son enfance.  

Pâques veut dire passage, et je sais que mes proches et moi avons fait du progrès spirituel; nous avons été soumis à des ''tests'' dans cette vie de pratique et de leçons... Aucune stagnation en surface (qu'il s'agisse d'une relation, projet, boulot) ne peut réussir à enlever le potentiel de l'âme de vivre une transition, une transformation. Et la plus importante à mon coeur, ç'aura été de voir mon fils sourire. De plus en plus. Et d'entendre sa présence s'étendre dans plus de pièces de la maisonnée, comme s'il apprivoisait lentement son chez-soi. Et de voir son appétit revenir. Comme quoi la grève de la faim ou ce qui s'y apparente constitue aussi un passage... 


Bravo mon fils. En ce doux printemps, ton expansion est perceptible, alors que tu te fraies un passage vers ton avenir. Et c'est tellement beau et touchant à voir.

M💗m (AKA Mariekya)




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