Graduation
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| Version de moi, trente ans plus tôt. |
Le temps est cet étrange phénomène qui ajoute des couches à nos événements de vie pour nous les faire voir de façon plus vaste, riche et nuancée.
Depuis que je suis mère, j'ai eu l'occasion, voire le privilège, de célébrer tout en revisitant les émotions de cette clôture de parcours académique sous la forme d'une graduation. La cérémonie est le rituel qui rend tangible l'accomplissement, soit la réception du diplôme, en compagnie d'êtres chers qui nous acclament.
Mes fils ont gradué de l'école primaire. Ils avaient une toge verte, j'en revois encore la photo. Sauf mon Andreas. Car c'était la pandémie cette année-là. Au contraire de ses frères, je n'ai pas pu l'applaudir à travers un torrent de larmes dans le gymnase de Silva Valley Elementary School comme je l'ai fait pour ses frères. Je me demande si cela l'a affecté...
Mais, malgré une 6e année de scolarisation à domicile (décision unilatérale du père... je voulus qu'il reste connecté au curriculum... hélas, ma voix n'avait aucun poids), il a eu sa promotion de l'école moyenne (''middle school'', soit de la 6e à la 8e année aux États-Unis) en 2024. Je me souviens de ce que je portais, une robe blanche avec bordures de dentelle et petites fleurs jaune et orange, de la musique jouée par la fanfaire de l'école, soit la pièce triomphante ''Pomp and Circumstance, March No. 1'' de Sir Edward Elgar quand la cohorte arrive. J'étais en larmes pour plusieurs raisons: le fait qu'il ait complété cette étape malgré les difficultés qui étaient en discordance avec son potentiel (on parle d'un enfant qui a appris à lire en maternelle, qui est plus fort que moi aux échecs ou que sa mamie au Scrabble...), donc ma fierté de son triomphe de l'adversité, et le fait qu'il n'avait d'yeux que pour son père, et aussi une amère contrariété de réaliser que je venais de perdre un pendentif en coeur d'ambre offert par mon amie Renée.
Le suivant à vivre une étape charnière fut Youri lors de sa graduation de l'école secondaire Oak Ridge. Trop d'émotions difficiles (incluant l'anxiété à l'idée de ne pas obtenir de billets pour assister.... par chance, l'entrée était libre) culminant en un autre arrache-coeur fait de froideur et d'évitement. J'aurais aimé que mes fils sachent que leur graduation m'est plus importante que celles que je vécus... Au secondaire, nous ne portions même pas la toge, nous avons reçu notre diplôme durant le bal des finissants, et la toge avec mortier furent portés seulement lors de la séance de photos en début d'année scolaire ! Ma graduation suivante fut après mon baccalauréat à l'Université Laval, ma première ''vraie'' graduation, à l'âge de 22 ans... Ensuite, je ne suis pas allée à celle de la faculté de médecine (à l'instar d'autres camarades de classe). C'était pas important, et aussi, j'avais eu un décalage volontaire, j'étais comme entre deux cohortes... Mais la suivante fut après avoir complété ma résidence. Sentant que ce serait sans doute la dernière, j'y suis allée, et ma famille qui y assista était ravie et fière.
La graduation de mon fils aîné était il y a un an. Tellement d'événements ont tissé la tapisserie de ma vie au cours de la dernière année ! Vendredi passé, je me suis donc retrouvée, un an plus tard, dans une estrade inconfortable semblable, devant un terrain de football à voir des finissants défiler en même temps que ''Pomp and circumstance'', avec le même chum comme support moral, mais cette fois j'étais dans un tout autre état d'esprit: Bibi, mon étudiante qui va retourner dans son pays dans 3 semaines, nous avait expressément invités à assister à SA graduation (elle qui n'en a pas eu dans son pays, leur diplôme leur était posté, donc ce fut d'autant plus significatif !). J'étais en émerveillement amusé devant les ''Party Poppers'' que la foule pulvérisait et dont les bouts de papiers se retrouvaient dans nos cheveux, le scintillement des rectangles de toutes les couleurs qui avaient l'air tantôt d'une aurore boréale lorsqu'il y avait du rose et du bleu valsant sous les projecteurs, tantôt une murmuration lorsque l'éjection était monochrome, et j'avais un plaisir ému à lire le texte de mon Andreas resté à la maison me demandant s'il pouvait se prendre de la crème glacée Ben & Jerry's (''yes'', je l'avais justement achetée pour lui... pour le féliciter d'avoir complété son année scolaire malgré tous les défis) et lui d'ajouter ''the entire small one'' (''sure, enjoy :)''). Ah, une telle ''normalité'' vaut tout l'or du monde...
Quel beau moment que de retrouver notre Bibi sur le terrain, de lui remettre un lei en rubans que j'avais fait pour elle la veille après avoir regardé 7 secondes d'une vidéo sur Pinterest (tout en ayant souhaité revenir en arrière pour en faire un à mon fils aîné... j'y avais juste pas pensé à ce moment, trop envahie d'émotions lourdes... mais heureusement, il est à l'université, il graduera de nouveau, et il a deux frères, je peux donc me reprendre...).
Décidément, j'étais dans un autre état d'esprit à Ponderosa High School... Et je ne me rendis compte que plus tard que j'avais choisi de porter, à la dernière minute et après une séance d'essayage frustrante faite d'une succession de trois robes désillusionnantes, ce que je portais il y a environ un an durant une rencontre qui fut un autre arrache-coeur.
Mais vendredi dernier, mon coeur fut fier, serein et reconnaissant. Pour toutes sortes de raisons. Quel privilège d'applaudir les générations de demain, leurs efforts, leurs rêves, leurs espoirs... Bravo Bibi ! Ce fut un honneur de t'accompagner dans ton cheminement. Tu vas nous manquer.
Il y a tant de rêves derrière et au-delà de ce moment
Il y a une guérison si profonde au coeur de ce moment
Il y a tant d'épanouissement ayant culminé en ce moment...






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